Franck HAPPI : «Ce que le Ministre des Sports fait est totalement inadmissible, nous allons prendre nos responsabilités !».

Le Président de l’Union Sportive de Douala était l’invité spécial de Radio Sport Info ce 1 er octobre. Au cœur des échanges, la situation de blocage dans le football professionnel qui empêche le démarrage d’une nouvelle saison au Cameroun. Remonté contre l’attitude du Ministre des Sports sur le sujet, Franck Happi annonce pour les prochains jours, une forte mobilisation des dirigeants declubs. Interview !

Bonjour Franck Happi
Bonjour

A l’issue de l’Assemblée Générale de la Fecafoot tenue le 25 septembre à Yaoundé, vous étiez optimistes quant à une sortie rapide de la crise dans laquelle est plongé notre football depuis quelques temps. Avec les sorties successives de Pierre Semengue et du secrétaire par intérim de la ligue de football professionnel, on peut affirmer que la guerre se poursuit entre la ligue et la Fecafoot ?
Je me voulais optimiste en effet, et donc j’ai été douché par ce communiqué du secrétaire par intérim de la LFPC du 30 septembre qui intervient alors que la Fecafoot vient de nommer, conformément à nos résolutions de l’Assemblée Générale, un secrétaire à la ligue. Nous pouvons
effectivement dire que nous sommes partis encore pour durer dans la crise. Je dois rappeler que lesrésolutions de l’AG indiquaient qu’à titre exceptionnel le Président de la Ligue donc le mandat est échu depuis Juillet 2020, reste en fonction jusqu’au 30 juin 2021. Ces résolutions indiquaient aussi que le verrou de la limite d’âge qui frappait le Général Semengue saute ; Que les membres qui ont perdu qualité pour siéger au conseil d’administration de la Ligue soient remplacés et enfin que le
Président de la Fecafoot nomme un Secrétaire Général à la Ligue de football professionnel. Je puis vous assurer qu’il n’y avait pas mieux en termes de résolutions pour sauver l’honneur du Général Semengue et relancer la saison sur des bases sereines.

« C’est bien beau de revendiquer son autonomie mais la ligue n’a pas les moyens d’organiser un championnat de vacances aujourd’hui ! »

On a comme l’impression que Pierre Semengue a refusé de fumer le calumet de la paix et qu’il a du coup, trahi la recherche de l’apaisement ?
Ce qui est certain c’est que sa position a évolué entre le Vendredi 25 septembre quand il déclare après le comité exécutif auquel il a pris part, avoir été piégé et le Lundi 28 septembre où il donnel’impression d’accepter la désignation du SG de la ligue en remettant juste en cause le mode de
désignation du SG. Bref, on est allé d’évolution en évolution dans la pensée du Président de la Ligue(…) Néanmoins, ce qu’il est important de dire à tous ceux qui aiment le foot, c’est que la ligue aujourd’hui n’a pas les moyens de sa politique. C’est bien beau de clamer son autonomie et son
indépendance mais après il faut assumer sauf qu’à ce jour la ligue de football professionnel du Cameroun n’a même pas les moyens d’organiser un championnat de vacances ! La ligue n’a pas d’argent.

Mais qu’est qui la rend donc aussi entêtée, d’après vous ?

On ne va pas ressortir les squelettes du placard ici mais c’est cette attitude qui avait emmené le comité exécutif de la Fecafoot a prononcé la suspension de la Ligue. Même si cette suspension on doit le dire, a été mal faite puisque l’Assemblée Générale de la Fecafoot ne l’a pas entérinée. Ce qui m’emmène d’ailleurs à dire à vos auditeurs et lecteurs que le TAS n’a pas contesté la suspension de la Ligue dans le fond mais plutôt dans la forme. Mais il y a depuis très longtemps un ensemble de dysfonctionnement à la Ligue de football professionnel du Cameroun. Et puis même si on demandait à cette Ligue-là de démarrer le championnat professionnel dans trois semaines ou un mois, elle ne pourrait pas parce que financièrement elle est exsangue, je l’ai dit ! Même une assemblée générale, la Ligue n’est pas capable de convoquer si l’Etat ou la Fecafoot ne lui viennent pas au secours.

« Le Ministres des Sports n’est obnubilé que par le CHAN sauf que les salaires des joueurs qui joueront le CHAN n’ont pas été payés la saison dernière puisque la subvention de 560 millions de l’Etat n’a pas été virée»

La position du gouvernement n’est-elle pas un peu trouble dans ce dossier ? Le Ministre des Sports venant en effet de mettre sur pied un groupe de travail pour l’application des décisions du TAS.

Que va faire ce groupe de travail après que les acteurs du football directement impliqués par la question aient siègés ?

Je ne sais pas comment je peux qualifier ce que le Ministre des Sports et de l’Education Physique vient de faire ! Autant sa décision de réunir les parties au lendemain du verdict du TAS était acceptable même si les Présidents de clubs n’ont pas été associés, autant sa décision de nommer ce groupe de travail n’a pas sa raison d’être. C’est même une ingérence du politique dans les affaires du football (…) je n’ai jamais vu ça alors que ça fait 4 Ministres que j’ai vu passé dans ce département ministériel. Vous me tentez d’ailleurs la perche pour dire que ça fait 2 ans que nous Présidents de clubs, cherchons à rencontrer ce Ministre pour lui parler de la situation du football professionnel camerounais et qu’il ne nous a jamais reçu. Il met en place des commissions pour rechercher l’apaisement sans y associer les clubs (…) il n’est obnubilé que par le CHAN, il ne pense qu’au CHAN, il
ne veut jouer que le CHAN sauf que c’est nous qui donnons les joueurs pour le CHAN et l’entretien de ces joueurs n’a pas été assuré la saison dernière puisque la subvention de 560 millions de l’Etat n’a pas été payée.

« J’aimerai dire au Ministre des sports que j’ai 2 anciens collègues qui sont aujourd’hui ses collègues, ça veut dire que le Chef de l’Etat respecte les Présidents de clubs »

Est-ce que justement Narcisse Mouelle Kombi ne vous envoie pas un message à travers la mise en place de ce groupe de travail ? Message pour dire aux acteurs du football qu’ils ont suffisamment grippé la machine avec leurs querelles incestueuses et qu’il faut avancer parce le Cameroun a des échéances importantes ?

On ne peut pas lui reprocher de vouloir faire prévaloir la raison d’Etat dans un milieu du football ou essentiellement on joue au jeu de poker menteur ?
Je ne sais pas ! Sauf qu’il assumera ce qu’il veut faire aux clubs. Personnellement j’ai connu 4 Ministres des sports et honnêtement je n’ai jamais vu ça ! Je l’ai dit à Abel Mbengue conseiller du Ministre des Sports et vice-président de cette commission. Ce n’est pas normal et je voudrai dire au Ministre des Sports à travers cette tribune que j’ai deux anciens collègues qui sont ses collègues actuellement dans le gouvernement ! Ça veut dire que le Président de République respecte les Présidents de clubs et que nous ne sommes pas des va nu pieds. Nous avons des valeurs en tout cas moi j’en ai, parce que pour exercer dans deux métiers comme je le fais, l’éducation et le sport, il faut en avoir !

Face à la crise actuelle, ce sera donc aux dirigeants de clubs de prendre leurs responsabilités ?

Et nous allons les prendre parce que trop c’est trop. Souvenez-vous du 26 Janvier 2019 et le mouvement d’humeur que les clubs avaient observé pour exprimer leur courroux. Alors que personne n’y croyait il n’y avait pas eu démarrage de la saison et le Général Semengue s’était retrouvé seul au stade. Souvenez-vous aussi de l’assemblée générale qui avait suivie le boycott du démarrage du championnat. Ce jour-là n’eut été le vice-président de la Fecafoot Aboubakar Alim Konaté qui portait la voix de l’instance, on aurait déposé le Général à l’unanimité. On était ressorti de cette AG avec un encadrement du verrou budgétaire c’est-à-dire que les dépenses de la Ligue devaient désormais être encadrées par deux membres du conseil d’administration pour éviter la gabegie. Du jamais vu !

M. Menom, tout ceci juste pour vous dire que nous allons reprendre nos
responsabilités parce que trop c’est trop. Presque personne ne vient en soutien aux clubs. La majeure partie des fonds vient de nos poches et de celles de nos membres car les subventions de la
fecafoot et de l’Etat ne couvrent même pas les 20 pour cent des dépenses. Sincèrement, il faut arrêter. Personne ne peut nous inféoder et nous allons vous le prouver en reprenant les choses en main dans les prochains jours.

Qu’est-ce que vous ferait concrètement ?

Je ne trahirai pas nos secrets ici. Mais on doit avancer parce que nous avons envie de rejouer car c’est nous qui saignons !

Merci Franck Happi
Merci Hervé

Interview menée par Hervé Junior MENOM

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